La Passion d’un Fils

Un fils : Ennemi

J’ai tué Le Fils… Je l’ai humilié jusqu’à sa mort décharnée, acharnée.

Je t’ai détruis ; et nul n’a pris autant de plaisir à te voir autant souffrir. Je t’ai humilié ; je t’ai exterminé.
Dans la plus pure de tes souffrances, je me suis réjouis. C’est de l’allégresse la plus exquise que j’ai vu ton corps se déchirer, sous le coup de la haine, de la bêtise, de l’avarice, et de l’orgueil.
Mon orgueil ; celui de ces hommes, sous ma coupe ; celle que je t’ai fait boire, la tienne, ta fin.

Ma faim n’a pas de répugnance, aucune, juste celle de désirer ta mort avec tant de passion : ta destruction, voilà ce que j’ai semé, et en quoi, je me suis complu. Ta destruction, voilà ce que j’ai désiré, et ce que j’ai construis.

Nul n’a pu te délivrer, ni homme, ni ange, ni… Dieu. Ce Dieu que tu admirais tant, où était-il quand je t’ai sacrifié comme une bête immonde, exsangue. Même ton Dieu n’a rien fait !

J’ai levé le doigt et tu es mort. Fils de…
rien, absolument rien ; tu m’as bien fait jouir. Incapable, tu as étais, incapable de te soustraire à mon infamie. Quand dans l’ombre, je les ai tous inspiré à te haïr si profondément, tu n’as même pas pu lutter contre ce flot de barbarie.

Tu parlais d’Amour et c’est la Haine qui t’a consumé…
Tu parlais d’amour et c’est ma haine qui t’a laminé. Et, tu n’as pu rien faire…
d’autres, que subir…
cent armes, milles coups, tant de cris et de pleurs.

Pourquoi aies-je, malgré tout, l’impression de ne pas avoir gagné ?!

Ils t’aiment ; et, même si je peux en détruire quelques uns, ils t’aiment ; et, je ne peux rien y faire. Même en leur collant à la face certaines vérités, rien n’y fait, ils t’aiment, toi et ton Dieu. Ils t’aiment…

Et, malgré tous mes chers supplices et autres délices, ils continuent à te respecter, à te “vénérer”, et à te prendre pour “Son Fils, bien aimé”. Rien n’y fera, je m’y acharnerais, tous je les aurais ; j’en fais mon serment, depuis la nuit des temps où j’ai commencé à exister, à rêver, à créer ce monde et ses pantins…
mes pantins. Si bien inspirés, ils s’agitent et me témoignent toute la déférence qui m’est due. Et même s’ils s’en défendent, ils ne font qu’obéir aveuglément…
c’est là toute Mon Intelligence !

Je n’existe pas donc tu n’es rien d’autre que le vide, le néant que j’ai créé, qui t’as aspiré goulûment, contre lequel tu t’es dissipé. Ta Foi ne t’as amené qu’à une seule chose : satisfaire ma faim, satisfaire mes velléités…
un véritable délice. Ta Passion est devenue…
La Mienne !

Te voir tant souffrir, le moindre pas, le moindre souffle, le moindre mot…
ton supplice, mon calice. Et ce sang qui coule si aveuglément, par le moindre pore de ta peau, ce sang dont je m’abreuve, par lequel s’échappe toute once de vie, et te vide assurément. Cet océan rouge n’est qu’une accalmie, face à ma frénésie. J’ai le tien, et j’aurais celui des autres, eux qui ne sont que pâle figure face à toi.

Ils t’aiment, mais ça ne fait rien. Cela ne me fait rien, car ils seront mien. Ils peuvent bien t’aimer ; grand bien leur chante à hue-tête s’ils le veulent ; ils finiront par être mien, pour n’être plus rien. Toi, Moi, Eux…
du vent !
Tout cela n’a jamais existé, et, tout cela n’aurait jamais dû existé, ni Toi, ni Moi, ni Eux. C’est pour cela que je vais les réduire à néant, tout comme je t’ai réduit à rien. Tu n’es rien, rien d’autres que le fruit d’une imagination, aigre, sur laquelle j’ai soufflé très fort. Tu t’es distillé, comme une vapeur, un supplice qui n’a jamais existé, évanouie à jamais.
J’ai faim et soif, et nul ne m’arrêtera. Je n’ai peur de rien, et encore moins de ton Dieu…
ce Dieu qui n’a même pas levé le doigt. Tss…

Mon bien cher… “Fils”,
L’autre… Ton ennemi, Satan !

LE Fils : Vie

Ils ne savent pas ce qu’ils font, Père, pardonnes-leur, ne leur tient pas compte. Ils sont aveuglés, méprisés, désespérés. Cette opprobre n’est rien, strictement rien. Tout ce qui est accompli, l’est, et, est bien fait.
Je suis la Vie et Tu es l’Amour. Ils ne voient pas que tout cela est pour leur vie. Ils ne voient pas ce que tout cela est : Vie.

Je porte ce supplice, comme d’autres porteraient leur fils. C’est assurément une douleur immense, qui me déchire à tout instant. Je m’écroule, peut-être, à cet instant, mais c’est pour mieux faire ce qui doit être justement accompli, ici-bas, ici-là.
Laissons-les brailler, laissons-les hurler leur haine, cela n’est rien. Que leurs conduites, que leurs pensées vomissent sur mon chemin, cela n’est rien. Il n’est pas meilleur destin que ce pourquoi j’arrive à ma fin.

Il ne peut rien faire, car Il n’est rien. Il sait qu’il a déjà perdu, mais il utilise les armes auxquels il croit pouvoir s’adonner. Il ne peut espérer, il ne peut plus espérer de meilleurs lendemains.

Alors, Il sème le chaos, le désordre, le mensonge, fais de leur vie un tas de songe, pour s’abreuver de leur vie. Il pense. Il vit à l’Instant, là, pour Rien, et ne peut lutter contre Toi, contre Moi, contre ça. Il agit, sournois, et ment, tournois, et tend ses pièges. Certains tombent, aussi…
différemment…
mais ce n’est rien, car Il a perdu, ne veut se l’avouer, tout simplement. Il peut bien me faire tout le mal, ou le bien, qu’il désire.

Ma tête peut cogner, mon pas peut trébucher, ma pensée peut se voiler, je peux très bien n’être plus qu’un tas de chair, sanglant, purulent, en restant fidèle, je te suis, et suis Toi. Même si je ne suis plus qu’un tas de lambeaux, triste spectacle aveuglant de douleurs, repas de vautours, je ne me dessaisirais pas de mon âme, de ce pourquoi je suis venu. Même pas à prouver La Raison, juste à accomplir l’Oraison, parce qu’il est bon qu’ainsi doit l’être. Amen…

Ton bien cher Fils
Face à l’Autre… Satan.

Pour son Père : UN(ité)

Justice, Amour, Sagesse, Puissance : un jour…
Tout cela sera pleinement accompli !

Ceux qui auront cru, auront cru.
Ceux qui auront voulu voir, auront pu voir.

Il sera temps de déterminer le temps où tout cela doit s’accomplir. Nulle haine, nulle injustice, nulle trace, aussi infirme soit-elle, ne restera dans le temps…
effacée, aspirée, annihilée.

Il sera un temps, le temps où l’Harmonie sera rétablie, où le Concert sera l’égal du Temps, une Onde pleinement féconde.

Je serais ce que je dois être. Je serais ce que je veux être.
Et, le Tout le sera tout autant !
Vivant…

UN Dieu
“Ex Nihilo”


EsteBaN H.
Samedi 30 mai 2004 - 2 h 46

PS : Étonnante œuvre que ce film : “La Passion du Christ”.


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