Les quatorze résiliences d'un Sol(eil)

La quatorzième résilience d’une étoile suppose de précédentes résiliences, et pourquoi pas d’autres futur(e)s. Parmi les dimensions de l’étoile, il y a des variations ; ces variations changent la lumière distillée et perçue. Le flux lumineux différe, est l’écho de la pulsation de l’être chauffant. Parmi ces variations, il y a plusieurs états possibles ; certains champs définissent la nuit, d’autres le jour ; d’aucuns signifient la vie, d’autres la mort de l’astre.

Je vis dans un monde où cet astre solaire se meurt et vit chaque jour qui passe, un peu plus qu’hier et bien moins que demain ; à moins que ce ne soit l’inverse : un peu moins qu’hier et un peu plus demain. La lumière me rechauffe, me donne la sensation d’être chauffé. Un jour, mon corps sera peut-être chauffé à blanc ; aujourd’hui, il l’est, juste chauffé, à point ce qu’il faut de nécessaire.

J’imagine cet astre, grandissant, au long cours de ces heures. Ses propres pulsations définissent les variations lumineuses ; un jour, je suis blanc, un autre, je suis jaune, et un énième, je vire au violet. Je regarde par la fenêtre de mon âme, et je me laisse envoûter par le charme inanimé de cet astre de vie. Mon ressenti est bienfaisant, apaisant, rassurant. Je suis en paix ; que je vive, je suis en paix ; que je meurs, je suis en paix. Mon corps est paisible, c’est exaltant.

L’atmosphère bleutée de ma planète vire du cyan à la rosace rougeoyante, selon l’heure du temps. Un instant, j’imagine qu’il devienne extrêmement blanc. Que ressentirais-je sur le moment… serais-je envahi par un sentiment de vie à la finitude, ou me laisserais-je déborder par une extension de vie soudaine. L’air est zébré d’éclairs déconcertants. C’est une pulsation de vie et de mort, un mélange des deux ; la durée de vie d’un éclair est de l’ordre du millionième de secondes. Et pourtant c’est une éternité rétinienne. Mon corps se souvient de cet état, de cet instant. Il sait l’éternité. Il comprend l’éternité. Mais ne peut la toucher.

Toucher l’éternité reviendrait-il à se brûler les ailes au contact d’un sol(eil) flamboyant… Les zébres sont là, présents, intenses, immenses, brûlants, violents, déchirants. L’astre continue d’être là, dominant, menaçant, éjectant ses masses… éblouissant.

Une résilience, celle-là, la quatorzième, prend le temps d’être présente dans l’espace… une seconde d’espace-temps est un temps énorme. Il suffit d’en profiter, de regarder au dehors, d’admirer cet astre variait dans son intensité, dans sa grandeur, dans sa magnificience.

La quatorzième résilience fut la seule, l’unique, celle que j’ai eu vraiment le temps de remarquer ; celle qui m’a posait… à terre, sur le sol, le corps ballant. J’ai ressenti mon corps à l’oraison des pulsations, un chant nouveau pénétrait mon âme et me prier d’aller voir ailleurs, de déplacer mon corps, de ne plus être là, de n’être plus là avant la fin de cette itération. Le ciel me priait, moi, d’aller voir ailleurs un autre ciel. Une autre dimension. Un autre astre.

Comme un écho, cette pulsation, rythme effrené des zébres déchirant mon âtre. Un feu jaillit en moi, m’entoure de sa chaleur dominante, m’illumine, m’enveloppe. Je caresse les couleurs chatoyantes du jaune, du blanc, du rouge. Ce sont milles merveilles ravissantes. Ces merveilles enjoient mes yeux, qui brillent… le temps de l’évaporation. Une fumée, une autre ici et là, la trace d’un impact, l’impact d’un zébre, ici et là.

Je suis là pour le remarquer. Je suis là, je t’écoute, je t’entends… j’entends ta pulsation, je ressens tes variations, le plaisir intense que tu as à réchauffer l’atmosphère, à dissoudre la matière, à illuminer des nuitées et des journées, dans ta bienveillance meurtrière.
Je suis absorbé, dissous, disséqué. L’astre est devenu noir, il s’etend dans ce trou immense qui sustend son temps et son espace. Ce trou noir étend ses filaments, arrête le temps, arrête la lumière, et rejette la matière. Un autre temps, ailleurs, différemment.

Une étoile née.


EsteBaN H.

06/11/2026 06:00

PS: Résilience #14 est l’œuvre numérique de Camille Roux ; ce texte est mon ressenti, ma pulsation. Jamais Camille, tu n’aurais imaginé cet art… Je l’ai fait, avec ma chair, mon corps, mon esprit, tout aussi fier, si ce n’est plus que toi, tu l’es du tien, numérique. Merci.