Le Jour de ma Mort
Le Jour de ma Mort, je l’ai rêvé, tel un instantané d’une vie achevée. Fut-elle belle ? je ne peux le dire ; sincérement je ne sais pas.
Ce Jour de ma Mort sens bon, sens chaud. Le bois humé n’est pas fraîchement découpé, il a cent ans au moins, et me fait reposer docilement au fond mes espérances. Non pas un trou, mais un bucher se prépare. La chaleur monte et m’empare. Je n’ai plus à être heureux… ou malheureux. Je n’ai plus à être.
Cette essence qui parfume les sens, embaume macabrement l’air, diffuse un parfum, pour certains les regrets, qui coulent le long de sanglots plus ou moins bruyants, reflet de la perte d’un être aimé pour ce qu’il est, ce qu’il avait de bon, voire de meilleur, pour d’autres la joie d’être enfin débarrassé de cet être dont ils étaient sûrs de comprendre la vilenie, sans excuses, ni pardons.
Le jour de ma mort est enfin arrivé. Et j’en suis soulagé… les derniers instants d’une douleur, les saccades d’un corps hurlant, manifeste d’une vie quittant un monde. Le bois crépite, les flaméches s’envolent, la lueur ardente remplace la nuitée environnante. Il n’y a pas de silence, impossible, le bois craque, miaule, chante sa propre chanson et remplace l’air des cantiques chantés.
Le jour de ma mort est un jour attendu ; j’ai attendu un temps ce jour-là, longtemps attendu d’être délivré. Il est arrivé, et c’est sans regrets ou peut-être cent regrets. Je ne sais plus, ma mémoire s’est effacée, le miracle de la vie m’a abandonné, lui aussi. C’était “un jour peut-être”…
Le silence s’impose. Le bien que cela fait… plus de souffrances, plus de douleurs, mais aussi plus d’espérance, et surtout plus de vie rance. Plus d’amertumes, plus aucun aigrissement. Enfin, rien, et ça fait du bien.
Le jour de ma mort, je l’attend avec beaucoup d’impatiences, oui plusieurs impatiences, de celles qui se font longuement attendre, très longuement, à la limite langoureuse. J’aurais aimé le provoquer moi-même ; mais c’est l’interdit majeur, de ce qu’on ne peut légitimement transgressé, ni ne doit être autorisé, et surtout pas affiché. C’est bien au-delà du tabou, le sens ne doit même pas exister, et encore moins avouer. Ce n’est pas une question de péché, c’est une question de bon sens. Il faut impérativement, au-dela d’un ordre écrit, intime, personnel, accepter la vie, ce qu’elle t’offre, et t’en satisfaire dans l’harmonie générale.
Mais tu meurs à petit feu, un feu dévorant, brûlant tes intérieurs, te déchirant en lambeaux, éclatant tes membres à trente six endroits à la fois, tout en étant unanimement un corps composé. Ce jour de la ma mort est une délivrance absolue ; même si mon corps est flambé, il l’est définitivement. Et sinon, comment je vous le sers ? avec un peu d’Armagnac, du Rhum peut-être, il paraît que c’est meilleur !
EsteBaN H. 02/11/2026 14:30